Nastro

Année
2024
Statut
Académique
Collaborateurs
Anaëlle Falgari, Guillaume Canonge, Gabin Codato, Noémie Trento, Cara Turner
À Naples, le projet urbain « Nastro » naît d’un désir de réparation lente et sensible d’un territoire meurtri. Marqué par une industrialisation brutale qui, dans les années 1990, a mis fin à des siècles de pratiques agricoles et culturelles, le site se présente aujourd’hui comme un paysage fragmenté, en attente de renaissance. Plutôt que d'effacer ces traces, le projet en fait la matière première d’une recomposition.
© Nastro





















Régénerer
Pensé comme un fil qui relie, « Nastro » s’attache à retisser les liens rompus entre quartiers, entre sol et architecture, entre mémoire et devenir. La topographie contrastée — entre mer, plaine et montagne — devient support d’une lecture sensible du territoire, inspirant un projet ancré dans les spécificités du lieu.
Le premier geste consiste à redonner vie aux sols, autrefois nourriciers, aujourd’hui pollués. Sur les anciennes friches industrielles, un espace de régénération expérimentale voit le jour, en collaboration avec la Cité des Sciences. Par la phytoremédiation et des procédés naturels de dépollution, ce « laboratoire à ciel ouvert » initie un lent processus de guérison. À ses abords, des espaces d’agriculture urbaine, des plateformes scientifiques ouvertes et des lieux pédagogiques viennent jalonner une grande promenade.
Ce parcours devient le fil rouge d’une transition écologique qui se veut exemplaire. Plutôt qu’un projet figé, « Nastro » propose une trajectoire évolutive : celle d’un territoire qui, en prenant soin de ses blessures, redécouvre sa capacité à se transformer.
Recoudre
Au cœur du projet urbain, l'identité spatiale se construit non pas autour d’un axe unique, mais à travers un réseau de lignes entremêlées, formant une trame poreuse au sein du relief. Cette trame, à la fois structurelle et symbolique, prend corps par des passerelles suspendues qui épousent les courbes du site et prolongent ses continuités naturelles.
Ces lignes suspendues ne se contentent pas de relier les quartiers de Bagnoli, Fuorigrotta et Posillipo : elles cousent ensemble les entités paysagères majeures (plaine, montagne, mer, criques) tout en connectant les infrastructures existantes comme la gare ou la Cité des Sciences.
Trois passerelles principales se dégagent, chacune en résonance avec une strate du site : la Roche, la Plaine, la Mer. Chacune se distingue par son design et ses usages : gradins intégrés, franchissements ludiques, espaces végétalisés, ou chemins contemplatifs. Ensemble, elles dessinent un nouveau récit du territoire, à la croisée de la géographie et de l’urbanité.
Diversifier
Les passerelles imaginées ne se limitent pas à leur rôle de circulation : ce sont de véritables espaces publics en hauteur, pensés comme des lieux de vie à part entière. Elles accueillent une programmation variée et inattendue (jardins ethnobotaniques, cinéma en plein air associé à la dégustation de vin, zones d’escalade, dispositifs éducatifs immersifs) qui placent l’humain au cœur de l’expérience. Trois dimensions structurent leur conception : la contemplation (avec des panoramas et séquences visuelles fortes), l’interaction (par le jeu, le partage et l’échange), et la production (avec l’agriculture urbaine ou la récolte collective).
Sous cette trame suspendue, le projet déploie au sol une promenade fluide, qui s’insinue entre une série régulière de poteaux installés en quinconce. Espacés tous les dix mètres, ces éléments verticaux assurent bien plus qu’un simple rôle porteur : ils intègrent une palette de technologies (lumière, brume rafraîchissante, ambiance sonore, capteurs de données climatiques, réseaux numériques, éléments de sécurité) tout en devenant supports potentiels pour des usages urbains évolutifs. Ainsi, la technique ne se cache pas mais s’expose, assumée comme une composante de l’expérience urbaine et comme levier d’appropriation collective.
Nexo
Aeon